360 jours : sulfureux banquiers Lombards

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360-jours-lombardeL'irrégularité du calcul des intérêts sur 360 jours connait une autre appellation : l'usage d'une année lombarde. L'histoire donne une compréhension et une lecture de la réalité qui offre un grand intérêt à se pencher sur l'épopée de ces banquiers Lombards.

Au coeur de ce passé : l'inventivité puis, très rapidement, une rapacité mortifère.

Naissance du crédit et de la notion d'intérêt

Puisque tout débute par ces banquiers Lombards, faisons un voyage à la fin du XII° et début du XIII° siècle.

Au temps où des marchands italiens, venus de Gênes, remontaient faire commerce avec les marchands Flamands et Allemands sur les villes de foires de Champagne. Ce commerce se faisait sur la base d'échange de produits, du fait d'une rareté monétaire qui se prolonge tout au long du Moyen Age.

Le Professeur Pierre Racine – université Marc Bloch de Strasbourg l'explique très bien dans « Les Lombards et le commerce de l'argent au Moyen Age ». Cet article est très largement inspiré de ses remarquables travaux.

Nous sommes dans un contexte où recourir à des prêts se heurte à des interdictions de la part des autorités ecclésiastiques, appuyées par les autorités civiles. À l'époque, le terme d'usure désignait ce qui correspondait juste à un intérêt. Les juifs, exclus de la société médiévale chrétienne, étaient appelés à jouer le rôle de créancier. Mais très vite, des chrétiens ont contournés les règles de leurs tutelles religieuses, par un système de prêts sur gage dissimulés.

C'est à Gênes que s'élabora la collaboration entre marchands et notaire : par contrat notarié, un marchand-banquier italien avance à un marchand se rendant sur une place commerciale une somme libellé en monnaie étrangère. Toujours précisée en chiffres ronds, cent, deux cents, trois cents... Et il lui remettait une somme exprimée en deniers génois. La différence entre ces deux monnaies générait les intérêts, qui étaient ainsi dissimulés.

Ces marchands découvraient le lucratif métier de « vendeur d'argent », devenaient de véritables hommes d'affaires, se réunissaient en compagnie, dont les capitaux venaient d'origine familiale mais aussi de dépôts venus de particuliers, qu'ils se chargeaient de faire fructifier.

 

L'avidité et la naissance de la finance

Ce système se répandit rapidement au-delà des seules foires de Champagne, gagnant la Lorraine, les régions rhénanes, la Bourgogne, la Franche Comté et la Flandre. Puis Paris où il attire le milieu de la Cour, gros consommateur de produits de luxe, gros emprunteurs de somme d'argent, d'ailleurs accompagné par le gouvernement royal.

Le trafic commercial n'est plus au centre de l'activité de ces marchands, très vite remplacé par celui de l'argent, beaucoup plus lucratif. La monnaie étant denrée rare, ils exigent des taux d'intérêts si élevés que les autorités civiles sont appelés à limiter leur avidité. Leurs pratiques, contractualisées par leurs tables de prêt, leurs firent rapidement acquérir une réputation détestable.

Ils en viennent à consentir des prêts de courte durée, prolongés, avec un système d'intérêts composés. Une enquête, provoquée par des habitants de Nîmes qui se sont plaints en 1275 près du sénéchal révèle que certains d'entre eux avaient été victimes d'une telle pratique, aboutissant pour l'un d'eux à un intérêt de 256 % !!!

Pour des notions de commodités, le diviseur retenu à l'époque était exprimés en jours arrondis, soit 360 jours pour une année. Accessoirement, seul le banquier était gagnant avec cette règle... C'est le cumul de gains fictifs, sur la masse d'argent qui travaille, qui rend cette usage abusif. Reconnaissons qu'à l'époque, les moyens informatiques n'existant pas, cette pratique pouvait être tolérée.

Dès lors, le terme de « Lombard », qui a fini par désigner avant tout un Italien qui s'était voué à la pratique du commerce de l'argent, est devenu synonyme d'usurier. Même si les rois de France ont établi un taux officiel à 33,5%, qu'ils outrepassaient bien souvent.

 

Le déclin que suscite une trop grande rapacité

Les Journaux du Trésor de Charles le Bel répertorient, pour l'année 1320, cent soixante et une compagnies italiennes en activité à Paris. Elles avancent des sommes considérables au roi de France, engagé dans la guerre contre la Flandre et le roi d'Angleterre.

Mais à trop tirer sur la corde, et la trop grande richesse exhibée par cette communauté lombarde, ne pouvait manquer d'intéresser un souverain à court de moyens financiers. Ainsi, ces compagnies se firent régulièrement ponctionné, entre 1290 et 1330, sous divers prétextes, confiscations et amendes.

Par ailleurs, d'authentiques commerçants lombards subissant un amalgame douteux, une ordonnance du 9 juillet 1315 distingua clairement ceux qui « marchandent des marchandises honnêtes » des autres. Où comment, à être excessif, on se fait mettre au ban de la société...

Mais le cumul de soupçon de connivence avec le gouvernement anglais à qui ils prêtaient également, la grande crise provoquée par la Peste Noire de 1348, les diverses confiscations et la défiance qu'ils suscitent désormais font que ces compagnies italiennes disparaissent de la scène parisienne. La splendeur de la finance italienne est ainsi révolue, dans les années 1350. Dans l'Europe occidentale, différentes mesures d'interdiction sont prises contre les financiers et ces banquiers Lombards. Fin des agapes !

Pierre Racine : « Dans un monde où manquait l'argent, le « Lombard » s'est employé à mettre à disposition de qui en avait besoin les sommes qui lui étaient demandées, mais à des conditions que le marché rendait exigeantes pour l'emprunteur ».

Continuer aujourd'hui, concernant les crédits, la pratique de l'année lombarde pour le calcul des intérêts prend un sens que chacun appréciera.

Le dévoiement de ces financiers du Moyen Age aurait dû très tôt être, pour nos banques actuelles, et dès que les moyens informatiques le permirent, le marqueur dont elles devaient se distinguer, avec cette infâme appellation "d'année lombarde". La condamner, ne jamais se l'approprier comme ils le firent, pour retenir l'utilisation simplement équitable de l'année civile. Mais...

Pour constater cette irrégularité sur votre crédit immobilier, cliquez içi.

 

Quelles leçons tirer de l'histoire ? L'avidité consubstantielle que génère le commerce de l'argent nécessite des contre-pouvoirs, des lois et des règles. Elles sont les remparts nécessaires de ce secteur si particulier.